F-35 en Belgique, dommage

Belgique DrapeauEmmanuel Macron “regrette très profondément” la décision du gouvernement belge d’acheter des avions de chasse F-35 américains. Cette décision “va stratégiquement a contrario des intérêts européens”, estime-t-il.

Emmanuel Macron “regrette très profondément” la décision du gouvernement belge d’acheter des avions de chasse F-35 américains “plutôt qu’une offre européenne”, une décision qui “stratégiquement va a contrario des intérêts européens”, a-t-il estimé vendredi devant la presse à Bratislava. Le gouvernement belge a annoncé jeudi avoir choisi le F-35 américain pour remplacer sa flotte vieillissante d’avions de chasse F-16, au détriment de l’avion de combat européen Typhoon (Airbus, BAE Systems et Leonardo) et du Rafale, qui était soutenu par la France en dehors de l’appel d’offres.

“L’offre française est arrivé après la clôture. Je regrette le choix fait. Il n’y avait pas que l’offre du Rafale, il y avait aussi l’Eurofighter, un vraie offre européenne. La décision est liée à une procédure belge, à des contraintes politiques du pays mais stratégiquement va a contrario des intérêt européens”, a-t-il ajouté.

“Je ferai tout pour que dans les appels d’offres à venir, des offres européennes soient promues”, a promis le Chef de l’Etat lors d’une visite Slovaquie consacrée à la promotion de ses projets pour l’Europe, dont l’Europe de la défense. “L’Europe doit développer une vraie capacité d’industrie de défense européenne, dans tous les pays qui croient à cette aventure. Ma détermination en sort renforcée”, a-t-il assuré. “L’Europe ne sera forte que si elle est vraiment souveraine et si elle sait se protéger elle même. Nous héritons d’habitudes passées, les projets évoqués ont été lancés avant mon arrivée”, a-t-il conclu.

Le F-35 a une forte dimension européenne!

Le ministre de la Défense Steven Vandeput, qui a poussé pour une décision en faveur du F-35, a “regretté que la France se soit volontairement soustraite à l’obligation de présenter une offre dans le cadre de la mise en concurrence transparente, initiée par le gouvernement”. La France n’a pas été la seule à se retirer de cet appel d’offres qu’elle a jugé biaisé et écrit pour le F-35. Boeing avait le même constat au printemps 2017. “Nous regrettons qu’après avoir examiné la demande, nous ne voyions pas l’opportunité de concourir avec des règles du jeu véritablement équitables avec le Super Hornet F/A-18“, avait expliqué le groupe américain, qualifiant à l’époque son appareil d'”extrêmement capable” pour son rapport coût-efficacité.

Steven Vandeput signera un accord entre Etats avec les États-Unis. Le montant du contrat s’élève à 3,8 milliards d’euros, les paiements seront effectués sur une période de plus de 12 ans. Pour compenser l’évolution des taux de change, une provision de 5% est également prévue. Ce qui porte le coût de l’investissement à 4,011 milliards, a précisé le ministère belge. Les premiers nouveaux avions de combat sont attendus d’ici à 2023. Le ministre belge a également estimé que le F-35 avait “une forte dimension européenne”. Une provocation ? En tout cas, il a rappelé qu’un “certain nombre de pays européens ont rejoint le programme F-35 depuis le début. Plusieurs pays-membres de l’OTAN, dont plusieurs pays européens, comme les Pays-Bas, la Norvège, le Danemark et l’Italie, utiliseront l’avion et 30% des pièces de l’avion sont d’origine européenne. Il existe même un centre de production en Italie”.

“Ce sera bientôt l’appareil qui offrira le plus de possibilités de coopération militaire en Europe, comme ce fut le cas pour le F-16. Ceci est d’une importance capitale pour un petit pays comme la Belgique”, a estimé Steven Vandeput.

Europe de la défense : une occasion ratée pour Airbus et Dassault

Airbus et Dassault Aviation ont déclaré dans des communiqués séparés qu’ils n’étaient pas surpris par la décision belge en faveur du F-35. Le géant européen “connaît les liens étroits entre la Belgique et les États-Unis sur les questions industrielles de défense”. “Dassault Aviation n’est pas surpris par cette décision du gouvernement belge dont la préférence de certains acteurs pour le F-35 est manifeste depuis longtemps“, a-t-il affirmé.

Les deux constructeurs ont estimé que leur offre était un atout pour la Belgique. Dassault Aviation a proposé via l’offre globale de partenariat stratégique faite par la France “un retour économique et sociétal dans les domaines de la haute technologie, évalué à 20 milliards d’euros sur 20 ans. Ce partenariat unique proposé par la France à la Belgique, hors de l’appel d’offres, n’a pas donné suite à étude”. Pour sa part, Airbus a rappelé que la proposition autour de l’Eurofighter “aurait donné lieu à plus de 19 milliards d’euros de contributions directes à l’économie belge”.

Enfin, les deux industriels européens s’accordent pour estimer que la Belgique a tourné le dos à l’Europe de la défense. Pour Dassault Aviation, “le choix du F-35 est un mauvais signal pour la construction de l’Europe de la défense. Une fois encore, nous constatons une préférence américaine en Europe”. Selon Airbus, son partenariat aurait “mis la Belgique sur le chemin” du programme portant du futur système de combat aérien franco-allemand (SCAF). Cet appel d’offres est donc une occasion manquée de renforcer la coopération industrielle européenne au moment où l’UE est appelée à intensifier ses efforts en matière de défense”. La Belgique s’est-elle fermée le programme SCAF ? Possible….

Auteur: Michel Cabirol
Source: https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/f-35-en-belgique-emmanuel-macron-regrette-le-choix-du-gouvernement-belge-795518.html