Le Rafale: on y est presque, croisons les doigts

Rafale2On attendait l’Inde et le Qatar. Ce sera finalement peut-être… l’Egypte. Moins de 3 mois après les premiers contacts entre les 2 pays sur le dossier, Le Caire est désormais bien placé pour devenir le premier client export du Rafale, avec une commande de 24 appareils, auxquels s’ajouteraient une frégate Fremm de DCNS et des missiles MBDA.

Selon le quotidien Les Echos daté du 6 février, le plan de financement de ces contrats, estimés entre 5 et 6 milliards d’euros, serait sur le point d’être bouclé. La France aurait notamment accepté d’accorder un soutien massif, et assez inédit, de l’assureur-crédit Coface pour boucler l’affaire.

L’intérêt du Caire
Pourquoi ce calendrier ultra-serré, à peine 70 jours après la visite en France du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, qui avait donné le coup d’envoi aux discussions? Les deux camps sont pressés: Le Caire est confronté à de multiples attaques djihadistes dans le Sinaï, revendiquées par la branche égyptienne de Daech. Le Rafale, déjà à l’œuvre avec l’armée de l’air française au-dessus de l’Irak, serait une arme précieuse pour pilonner les positions terroristes. “L’Egypte dispose déjà de F-16 et de Mirage 2000, mais ces monomoteurs sont peut-être un peu court sur pattes pour aller frapper le Sinaï”, souligne un observateur.

La hâte de Paris
Paris est tout aussi impatient de signer le contrat, afin de sauver une loi de programmation militaire 2014-2019 qui prévoit 40 Rafale vendus à l’export. D’où vient ce chiffre? Pour garantir à la ligne d’assemblage du Rafale à Mérignac la cadence de 11 appareils par an, le niveau jugé minimal pour que le programme garde un sens économique, Dassault doit livrer 55 appareils d’ici à 2019.

Or la LPM prévoit que les forces françaises ne prendront livraison que de 15 Rafale: 11 cette année et 4 l’an prochain. La France doit donc placer 40 Rafale à l’export d’ici à 2019, sous peine de devoir récupérer elle-même les Rafale non vendus. Un coût supplémentaire pour les finances publiques qui pourrait atteindre 4 milliards d’euros si aucune vente export n’est conclue…

En attendant New Delhi et Doha
Le prospect égyptien tombe donc à pic. Il permettrait des livraisons quasi-immédiates, alors même que les autres négociations ne sont toujours pas bouclées. Les discussions avec l’Inde pour 126 appareils traînent en longueur depuis janvier 2012, avec des débats tendus sur la responsabilité finale des Rafale assemblés localement par l’industriel HAL. Le Qatar, intéressé par 36 appareils, ne s’est toujours pas décidé non plus à parapher un contrat définitif, qui fait toujours débat au sein de la famille régnante. A Paris, personne ne se plaindrait que Le Caire coiffe New Delhi et Doha au poteau.

Auteur: Vincent Lamigeon
Source: http://www.challenges.fr/entreprise/20150206.CHA2870/comment-l-egypte-peut-devenir-le-client-n-1-du-rafale.html