L’Algérie, encore dans la tourmente du terrorisme

Algérie DrapeauInterview de l’ancien ministre algérien de la communication; Abdelaziz Rahabi

-Les ravisseurs du Français Hervé Gourdel viennent de diffuser la vidéo de son exécution, deux jours après son enlèvement. Qu’est-ce que cela signifie ?

C’est une information tragique et triste qui replace notre pays dans la tourmente du terrorisme international, alors que nous avons tout fait pour l’éradiquer. Nous avons utilisé toutes les formes de traitement : politique, économique, diplomatique et militaire. Et enfin, nous avons participé à la lutte internationale contre ce phénomène qui est, à l’évidence, encore présent dans notre société.

-Le fait nouveau aujourd’hui est que les groupes terroristes, qui continuent d’activer en Algérie, viennent de faire allégeance à l’organisation sanguinaire que l’on appelle Daech. Cela changera-t-il la donne sécuritaire dans le pays ?

Qu’ils s’appellent Daech ou GIA, ce sont, en réalité, des filiales du terrorisme international qui répondent à un agenda international, dont la seule finalité est de déstabiliser l’Algérie. Tout le monde sait, notamment le monde musulman, que ce phénomène n’a aucune justification, ni religieuse ni politique et encore moins économique. Cela obéit seulement à une stratégie de déstabilisation du monde musulman. C’est une stratégie d’instrumentalisation de l’islam – et qui porte beaucoup de préjudice à l’islam – en vue de déstabiliser le monde musulman. Ceux qui ont fait cela ont choisi ce qui est sacré chez nous pour en faire un outil de déstabilisation. Nous avions dit (ou affirmé), depuis 20 ans, que le terrorisme a un agenda international. Nous étions les premiers à dire que ce phénomène est transfrontalier, mais personne à l’époque ne nous a écoutés. Vingt ans après, les faits donnent raison à l’Algérie, dans l’évaluation et dans la lutte antiterroriste.

-Quelles sont, selon vous, les conséquences de cet acte barbare pour l’Algérie et  les étrangers qui vivent et travaillent dans le pays ?

En s’attaquant aux étrangers, l’objectif est multiple. D’abord, donner l’impression que l’Algérie n’est pas en mesure de protéger les gens dans son pays. Ensuite, rendre impossible la coopération technique, scientifique et financière avec les pays développés. En conséquence, l’objectif est d’affaiblir l’Algérie. Plus le pays est affaibli et sous-développé, plus il est possible d’en faire un terrain fertile pour l’intégrisme et le terrorisme. Ce dernier évolue dans des sociétés rétrogrades, anachroniques et sous-développées. Il faut renvoyer l’Algérie vers le Moyen-Age pour que le terrorisme puisse s’implanter. C’est cela leur but.

-Il y a quand même des questions qui se posent, selon lesquelles, malgré les moyens déployés et les années de lutte antiterroriste, l’Algérie n’arrive pas à mettre un terme au terrorisme qui sévit actuellement en Kabylie…

A mon avis, il ne faut pas distinguer la Kabylie des autres régions du pays. Le plus grand problème de l’Algérie, aujourd’hui, est qu’il y a une démobilisation sociale, politique et diplomatique sur le plan interne. Quand Bouteflika est arrivé avec la réconciliation nationale, le discours dominant était celui de dire que le Président a ramené la paix. Donc, nous avons fait abstraction du sacrifice du peuple et des services de sécurité. Les Algériens ont eu le sentiment que leur victoire a été confisquée par le pouvoir politique. Cela a créé une sorte de démobilisation chez le peuple. Le sentiment commun chez les Algériens, c’est que le terrorisme est une affaire entre le pouvoir et les terroristes. Une des clés du succès de la lutte antiterroriste, sous Zeroual, c’était justement la mobilisation sociale. L’absence de cette mobilisation est à l’origine des faiblesses actuelles.

Auteur: Madjid Makedhi
Source: http://www.elwatan.com/actualite/cette-execution-replace-l-algerie-dans-la-tourmente-du-terrorisme-international-25-09-2014-272421_109.php