Allemagne: itinéraire d’un “djihadiste”

AllemagneUn jeune Allemand sera jugé à partir de lundi à Francfort pour son appartenance présumée à l’organisation islamiste de l’Etat islamique (EI) en Syrie, premier procès du genre en Allemagne.
Kreshnik B., 20 ans, né en Allemagne au sein d’une famille d’origine kosovare, avait été interpellé le 12 décembre 2013 à l’aéroport de Francfort, à son retour de Syrie. Pendant sept journées d’audience prévues jusqu’au 7 novembre, il sera jugé devant la chambre du tribunal de cette ville pour son “appartenance” présumée à “une organisation terroriste étrangère” entre juillet et décembre 2013.
L’organisation jihadiste EI combat le président syrien Bachar al-Assad et sème la terreur dans un “califat” autoproclamé, à cheval sur la Syrie et l’Irak.
Selon des sources judiciaires, le procès, qui se tiendra sous une surveillance renforcée, est le premier d’un membre présumé d’EI en Allemagne. Le jugement est attendu à partir de mi-novembre.
Le parquet fédéral, qui souligne la “radicalité” des convictions religieuses du jeune Francfortois, lui reproche notamment d’avoir reçu en Syrie une formation au maniement des armes et d’avoir participé à trois reprises à des combats contre les troupes syriennes.
Le jeune homme encourt 10 ans de prison.
Les raisons de son retour en Allemagne restent troubles mais rien n’indique qu’il projetait un quelconque attentat.
Les enquêteurs, qui ont pu glaner des informations de première main sur EI en l’interpellant, ont retracé l’itinéraire de ce jeune, né près de Francfort, qui fut un temps membre d’un club de football lié à la communauté juive locale, selon l’hebdomadaire allemand Focus.
C’est en 2011 que sa radicalisation semble s’amorcer, peu après son entrée dans un centre de formation aux techniques du bâtiment où il se lie avec des camarades musulmans. Il se met alors à fréquenter une mosquée, boycotte les cours, prie cinq fois par jour, dénigre les enseignantes…
Deux ans plus tard, le 2 juillet 2013, il monte avec six amis dans un bus à Mannheim (sud de l’Allemagne). Direction : Istanbul, puis la frontière turco-syrienne.

– ‘Pour Allah’ –

Une fois en Syrie, Kreshnik et ses amis sont conduits dans un immeuble proche de la frontière où ils sont soumis à un interrogatoire musclé, les miliciens redoutant d’être noyautés par des agents occidentaux. Détail macabre, rapporté par Focus : les islamistes leur exhibaient des têtes d’indicateurs présumés, plantées sur des piques…
Finalement, il passe au travers de cette ordalie. Fin juillet, il prête serment puis intègre un camp d’entraînement.
Lors de conversations par internet avec sa soeur, interceptées par les enquêteurs, il parle de son quotidien au sein d’EI, de sa solde mensuelle d’une cinquantaine d’euros versée par la milice. Il vit à Alep, veut devenir tireur d’élite, rêve de mourir en martyr et se frotte à quelques reprises aux troupes syriennes. “Je me relaxe, je vais me battre, je fais mon job pour Allah”, dit-il.
Il envie le sort d’un ami, mort au combat. Dans l’un de ses derniers messages depuis la Syrie, il dit à sa soeur : “C’est mieux que maman ne sache pas que je suis parti me battre”.
Finalement, Kreshnik reviendra en décembre en Allemagne, où il sera interpellé.
Son procès s’ouvre juste après l’interdiction par l’Allemagne de toute activité de soutien, de recrutement et de propagande favorable à l’EI, annoncée vendredi par le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière, après une semaine marquée par des débats autour de l’islamisme dans le pays.
Lundi dernier, le parquet fédéral allemand avait annoncé l’arrestation à l’aéroport de Francfort de trois ressortissants allemands, membres présumés du groupe islamiste somalien des shebab qui rentraient du Kenya.
A Wuppertal (ouest), une poignée de salafistes se revendiquant “police de la charia” avait par ailleurs suscité un tollé en effectuant des patrouilles en pleine rue, enjoignant aux clients de discothèques de ne pas boire d’alcool ou de ne pas écouter de la musique, et à ceux des salles de jeux de ne pas jouer pour de l’argent.
Selon les services de renseignements allemands, la mouvance salafiste regroupait 5.500 personnes en 2013 dans le pays (4.500 en 2012). Le nombre d’Allemands partis pour le jihad était évalué à environ 400 personnes.

Auteur: AFP
Source: http://www.elwatan.com/depeches/allemagne-de-francfort-a-l-ei-l-itineraire-d-un-jihadiste-devant-la-justice-15-09-2014-271319_167.php