Policier Estonien arrêté en Russie

 Le policier estonien a été arrêté en Russie samedi dernier, deux jours après une visite historique du président américain Barack Obama à Tallinn, visant à rassurer les pays baltes sur l’engagement des Etats-Unis à garantir leur sécurité dans le cadre de l’Otan.

EstonieL’arrestation et la détention en Russie d’un policier estonien apparaissent à Tallinn comme une tentative du Kremlin d’évaluer la réaction de l’OTAN à un incident touchant l’un de ses plus petits membres. Selon Tallinn, le policier a été «enlevé» en territoire estonien, alors que Moscou affirme qu’il a été «arrêté» en Russie au cours d’une mission clandestine.

Le service de sécurité russe FSB a annoncé avoir arrêté Eston Kohver dans le nord-ouest de la Russie, près de la frontière estonienne, alors qu’il tentait vendredi d’effectuer une opération de renseignement. Selon le FSB, l’Estonien a été trouvé en possession d’un pistolet, de munitions, de 5 000 euros et «d’équipement spécial pour des enregistrements illégaux» ainsi que «de matériel apparemment destiné à une mission d’espionnage».

Lundi, une source «proche de l’enquête» citée par l’agence Interfax, a indiqué que «le prévenu se dit innocent» et qu’il est inculpé d’espionnage, de passage illégal de la frontière et de transfert illégal d’armes, selon cette source. Celle-ci ajoute qu’il a agi avec des complices et «de nouvelles arrestations ne sont pas exclues». Mais vendredi le parquet estonien avait annoncé que le fonctionnaire avait été «capturé par des inconnus venus de Russie, alors qu’il était en service sur le territoire estonien» et qu’il avait «été enlevé de force, à main armée».

Coïncidence troublante
L’incident s’est produit deux jours après une visite historique du président américain Barack Obama à Tallinn, visant à rassurer les pays baltes sur l’engagement des Etats-Unis à garantir leur sécurité dans le cadre de l’Otan dont ils sont membres.

Beaucoup en Estonie y voient une coïncidence troublante. «L’opération a certainement été planifiée et soigneusement préparée», a déclaré lundi Kaarel Kass, analyste du Centre estonien d’études sur la défense (ICDS). «L’enlèvement sur le sol estonien a sûrement été un choix prémédité, pour montrer que le FSB pouvait opérer en toutes circonstances», affirme-t-il. «Il est difficile de dire s’il s’agissait de remettre à leur place l’Otan, l’Estonie ou les services de renseignements estoniens. Mais c’était certainement une démonstration de force et de détermination de l’ennemi», estime l’analyste.

Lors de sa visite à Tallinn mercredi dernier, le président américain Barack Obama avait assuré que l’Estonie «ne serait jamais seule». Il avait donné cette assurance à la veille d’un sommet de l’Otan dont les membres ont promis de maintenir «une présence continue» dans l’est de l’Europe, face à l’expansionnisme russe en Ukraine. Pour l’ancien chef du renseignement estonien et diplomate Eerik-Niiles Kross, cet incident est sans précédent «depuis la fin de la guerre froide» et marquera les relations entre la Russie et l’Otan.

«Cette histoire relève de la propagande, elle vise l’opinion publique russe»
Selon le président estonien Toomas Hendrik Ilves, «l’enlèvement a eu lieu dans le cadre d’une enquête transfrontalière sur la corruption. Sur le sol estonien. La Russie a admis que c’était le travail de leurs services spéciaux». La Russie n’a pas informé officiellement Tallinn de la détention de Kohver, si bien que des diplomates estoniens n’ont pu le rencontrer jusqu’à présent, a indiqué le ministre estonien des Affaires étrangères, Urmas Paet.

Selon le quotidien estonien Postimees, il n’est pas exclu que Kohver, qui «enquêtait sur la corruption à grande échelle au sein des douanes», ait pu découvrir l’implication dans la contrebande de hauts responsables russes. La version officielle de Moscou a été critiquée en Russie même.

Pour Andreï Soldatov, chef du site agentura.ru, spécialisé dans les affaires des services spéciaux, «si c’était une affaire réelle, les services secrets n’auraient jamais arrêté un espion au moment où celui-ci se rendait à ‘un rendez-vous avec son agent russe’ comme ils nous l’ont annoncé», mais attendraient pour les surprendre tous les deux. «Cette histoire relève plutôt de la propagande, elle vise l’opinion publique russe, pour rappeler que l’Estonie a toujours servi de base aux services spéciaux notamment américains», a ajouté l’expert.

Auteur: AFP
Source: http://www.liberation.fr/monde/2014/09/08/la-detention-a-moscou-d-un-policier-estonien-un-test-pour-l-otan_1096075