France: Changement de Directeur à l’ANSSI

ANSSI LogoLe Point.fr l’évoquait dès janvier dernier : avec le départ de Patrick Pailloux à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) se trouvait sans patron. Le Conseil des ministres n’aura mis que quelques semaines pour combler le vide à la tête de cette agence de cyberdéfense, avec la nomination de Guillaume Poupard, comme le précise le compte-rendu du 26 mars.

Ingénieur en chef de l’armement et responsable jusqu’à aujourd’hui du pôle sécurité des systèmes d’information à la Direction générale de l’armement (DGA), Guillaume Poupard est un expert des technologies de cyberguerre et de cyberdéfense. Le Point.fr l’avait rencontré en janvier au Forum international sur la cybercriminalité (FIC) de Lille. Il nous avait notamment déclaré que nos armes informatiques sont depuis peu “opérationnelles, et nous avons fait de gros progrès”. “Le livre blanc de la Défense de 2008 a posé des bases de travail, vous imaginez bien que les choses ont bougé depuis six ans !” avait-il ironisé.

Du développement des armes à l’opérationnel
“Je ne peux pas vous dire où les armements cyber (français) sont développés : nous n’avons aujourd’hui aucun intérêt à le dire”, nous avait par ailleurs expliqué Guillaume Poupard. Pas plus de succès lorsque nous avions essayé de connaître le nombre de personnes impliquées dans le secteur : “Je peux simplement vous dire que tout dépend du ministère de la Défense dans ce domaine”, glissait-il. Un ministère qu’il quitte donc pour rejoindre le terrain, à l’Anssi. L’Agence dépend du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), lui-même directement rattaché au Premier ministre.

S’il quitte le développement des armes informatiques pour passer du côté opérationnel non pas de la cyberguerre, mais de la cyberdéfense (la nuance est importante : on ne parle pas ici d’offensif), Guillaume Poupard n’est pas un novice dans le domaine : docteur en cryptographie, il avait dirigé le laboratoire de la DCSSI, l’ancêtre de l’agence dont il prend les rênes aujourd’hui, comme le rappelle l’Informaticien.com. Qu’importe le passé de l’heureux élu, son origine va à coup sûr faire grincer des dents au ministère de l’Intérieur, exaspéré par la mainmise de la Défense sur l’Agence. Comme nous l’avions craint en janvier, la place Beauvau pourrait bien user de sa marge de manoeuvre et profiter des faibles pouvoirs de sanction de l’agence pour se désolidariser de l’action de l’Anssi.

De son côté, Patrick Pailloux devient directeur technique de la DGSE, une position stratégique et polémique, puisque c’est ce service qui dirige les opérations de surveillance massive des télécommunications. Une activité qui vaut à la “piscine” son nouveau surnom – abusif – de “NSA à la française”.

Auteur: Guerric Poncet / LePoint.fr
Source: http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/guerric-poncet/un-cryptographe-a-la-tete-de-la-cyberdefense-francaise-27-03-2014-1806390_506.php