Enseignement supérieur: ascension fulgurante de la Chine

Chine DrapeauAh, les universités américaines… leur prestige, leur rayonnement ! Ah, ces temples à médailles Fields et à Nobel pour lesquels la jeunesse était traditionnellement prête à s’endetter à vie… Vous seriez surpris si on vous disait que les Américains nés en l’an 2000 et après vont tenter d’éviter le passage par cette case qu’on croyait obligatoire ? C’est pourtant ce qui est en train de se tramer de l’autre côté de l’Atlantique.

Si le monde étudiant de 2020 tenait dans un amphithéâtre de 100 élèves, cette classe imaginaire compterait, entre autres, 29 Chinois, 12 Indiens, 2 Français, 2 Allemands, 4 Japonais, 3 Brésiliens et 11 Américains. Presque la moitié de cette communauté mondiale (41 %) serait donc asiatique, selon les toutes dernières projections de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Si Chine et États-Unis se partagent la première place mondiale dans de nombreux secteurs, la vieille Amérique va rapidement pâlir dans cette course mondiale à la formation. L’ascension fulgurante de la Chine, pays où il faudrait construire une université par semaine pour répondre à la demande, n’explique pas tout. En face, il y a le déclin de l’empire américain.

Classés aujourd’hui 5e pays au monde pour son pourcentage de diplômés de l’enseignement supérieur au sein de sa population adulte, les États-Unis vont perdre du terrain dans les années à venir. Si on en croit les Projections of Education Statistics to 2022, le 41e rapport d’une série commencée en 1964, l’Amérique de 2022 sera moins diplômée qu’aujourd’hui.

Réalisées par le Centre américain des données statistiques en éducation, les 194 pages rendues publiques dans les derniers jours de février ne parient plus sur une extension sans fin du nombre de graduates (diplômés). Au pays de Barack Obama, le taux de diplômés des universités et autres high schools a flambé de 27 % entre 1997 et 2010. Il tombera de 2 points d’ici à 2022. A cette date, 27 % des Américains seront titulaires d’au moins un master (niveau bac +5), alors qu’ils étaient 29 % en 2009.

Cette régression en pourcentage ne sera pas uniforme dans la population. Il faut en effet s’attendre à une diminution de 16 % du taux de diplômés (à bac + 5 et plus) des Blancs, de 14 % des Noirs pendant que les Hispaniques continuent leur ascension puisque leur taux de graduates devrait flamber de 64 % d’ici à 2022.

Que se passe-t-il donc chez l’Oncle Sam ? La crainte que la société numérique ne permette plus de valoriser les diplômes classiques plane évidemment sur les esprits. D’autant que le coût des études et l’endettement à vie font réfléchir à deux fois au moment de s’inscrire.

Sur cette toile de fond tissée de doutes, se greffent des mouvements comme le Uncollege, qui prône de travailler dès la sortie du secondaire, d’entreprendre et de montrer que « Yes, you can ! » avant toute chose. Et puis, un autre phénomène qui monte en puissance, explique comment on peut rester une société de la connaissance sans être une société du diplôme : il s’agit bien sûr des MOOC (pour Massive Open Online Courses).

CHANGEMENT D’ÈRE

Ces cours en ligne gratuits, qui connaissent un engouement important, misent sur la formation et non sur la certification, pariant que suivre un cours est plus important que présenter un diplôme. Additionnées, toutes ces raisons expliquent le tassement à venir du nombre d’étudiants. Si on y ajoute une série d’autres indicateurs semés comme des petits cailloux au fil de ces données statistiques, on comprend qu’on est effectivement en train de changer d’ère.

Ainsi, si la croissance des effectifs des universités publiques sera de 1 %, la chute du nombre d’inscrits dans les universités privées sera, elle, de 29 % d’ici à 2022. Presque un tiers d’étudiants en moins ! La prestigieuse Ivy League, groupe de huit universités privées dont Harvard, Columbia et Yale – qui offre un endettement à vie en même temps qu’un diplôme –, aura, elle aussi, du souci à se faire puisque dans le nord-est du pays, où elle rayonne, le privé devrait perdre 10 % de ses effectifs. C’est donc tout un système qui commence à se lézarder.

Ce même mouvement de fuite du privé devrait d’ailleurs s’observer dans le secondaire. Le public, qui a déjà gagné des parts de marché (7 %) entre 1997 et 2010, devrait encore inscrire 7 % d’élèves de plus. Les prévisions fédérales montrent que l’effort budgétaire des prochaines années devrait se concentrer sur une diminution du nombre d’élèves par enseignant dans le primaire et le secondaire.

Sans penser que la création de 60 000 postes d’enseignants par François Hollande a inspiré l’Amérique, il est intéressant d’observer que le grand pays du libéralisme a prévu d’embaucher 16 % d’enseignants de plus en dix ans. Inutile de rappeler là que lâcher dans la nature des adolescents qui ne maîtrisent pas les compétences de base est une aberration sociale et économique. La prise de conscience est devenue mondiale, et partout, la priorité du moment porte plus sur l’acquisition des savoirs de base par tous que sur une extension infinie de l’enseignement supérieur. Le tout étant en fait de tenir les deux bouts : offrir à tous un enseignement de base de qualité et disposer d’une l’élite compétitive dans la course mondiale à l’intelligence.

Et même si le système de financement de l’enseignement supérieur est moins dépendant de ces fonds qu’en Europe, les universités américaines s’inquiètent de leur financement.

Auteur: Maryline Baumard
Source: http://www.lemonde.fr/education/article/2014/03/12/le-declin-de-l-universite-americaine_4381361_1473685.html