France: des djihadistes en herbes s’inspirent de Bruce Lee

KaratéLes huit membres d’un groupe d’apprentis djihadistes composé de jeunes gens originaires de la banlieue parisienne comparaissent du 9 au 13 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris pour “association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme”.

L’un d’eux, Mohamed Abdul Raseed, un Indien de 34 ans, présenté comme le “cerveau” du groupe, est également poursuivi pour “financement du terrorisme”. Ils sont soupçonnés d’avoir recruté des candidats, de les avoir endoctrinés et de s’être préparés physiquement pour aller mener le djihad dans la zone tribale à cheval entre le Pakistan et l’Afghanistan.

Deux membres du groupe, Charaf-Din Aberouz, 27 ans, un habitant des Mureaux et Zohab Ifzal, un Franco-Pakistanais de 24 ans, avaient réussi à se rendre au Pakistan le 25 janvier 2011. Ils y avaient été arrêtés à la descente de l’avion à Lahore et placés en détention pendant quatre mois. Ils projetaient d’y suivre un entraînement au combat armé. Ils avaient été expulsés vers la France le 22 mai et mis en examen quatre jours plus tard.

PRÉPARATION DU GENRE MILITAIRE

La première journée d’audience, a été consacrée au “rôle majeur” de Mohamed Abdul Raseed, qui est, selon la direction centrale du renseignement intérieur et les juges d’instruction antiterroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux qui l’ont entendu, à l’origine de ce groupe.

C’est lui qui, au printemps 2010, prend contact par le biais du réseau social Facebook avec des cibles choisies en fonction de leur sympathie affichée pour la mouvance salafiste. Arrivé en France en 2008 après s’être marié à une Française, il est le seul à avoir des contacts au Pakistan, notamment parmi des groupes affiliés à Al-Qaïda.

Il entre en contact avec Saad Rajraji et Emirhan Sogut, qu’il rencontre rapidement. Le premier devient son bras droit, chargé du recrutement. Le second s’occupe de l’entraînement physique. Pour cela, les huit se retrouvent régulièrement en fin de semaine dans les parcs de La Courneuve et d’Argenteuil, entre le 5 décembre 2010 et le 26 février 2011. La préparation est du genre militaire : faire des roulades, ramper…

“JE M’INSPIRE DE BRUCE LEE”

Lors de son audition, Yoan Glet, un des prévenus, a déclaré s’être dit lors d’une séance : “Un petit groupe de barbus qui fait des entraînements comme ça, c’est complètement idiot, c’est le meilleur moyen d’avoir des problèmes, ça faisait un peu entraînement jihadiste.”

Mohamed Abdul Raseed paye également l’abonnement à la salle de sport à deux de ses camarades. Dans le box des accusés, avec sa queue de cheval, sa barbe éparse et sa moustache rasée, il explique : “Je m’inspire de Bruce Lee, pour être fort dans la tête, il faut être bien dans son corps.”

Mohamed Abdul Raseed s’occupe de l’endoctrinement idéologique. Ses discours légitiment le djihad : un “devoir”. Lors de son interpellation et des perquisitions, les policiers saisissent des disques durs et des ordinateurs. Dessus, des milliers de textes, ouvrages, photos, vidéos prônant le djihad ou détaillant la fabrication d’engins explosifs. On trouve par exemple un ouvrage en anglais intitulé Le Stage en explosifs écrit par le chimiste d’Al-Qaïda, qui explique comment recycler des produits chimiques communs pour créer des explosifs. Ou encore Les 44 voies pour soutenir le djihad.

Les analyses de ses disques durs ont permis de mettre en lumière ses liens avec des contacts pakistanais avec lesquels il échangeait par le biais de logiciels codés. Tous se présentaient comme des représentants locaux des talibans, ou plus vaguement du “global jihad”. A l’un d’eux, Ahmed Inzimam, Mohamed Abdul Raseed annonce le 28 novembre 2010 qu’un “frère français et un frère pakistanais arriveront de France au Pakistan pour rejoindre les moudjahidine”.

MOT DE CODE “OMAR”

Pourquoi eux ? Zohab Ifzal était “la personne idéale” en raison de ses origines pakistanaises, alors que Charaf-Din Aberouz était “le plus partant et le plus motivé”, a indiqué Mohamed Abdul Raseed aux enquêteurs. Il leur prodigue une foule de conseils pour se préparer progressivement au djihad : jeûner lundi et jeudi, éviter les rassemblements, dormir à même le sol, manger seul…

S’ils n’avaient pas été arrêtés, un certain Abou Hamza devait venir les chercher à Lahore. Pour cela, ils devaient porter une tenue particulière, rallier la station de bus du Chowk, s’y tenir avec une bouteille d’eau à la main gauche. Alors, ils auraient été abordés avec le mot de code “Omar”, auquel il fallait répondre par “Bilal” pour continuer l’aventure.

Mohamed Abdul Raseed est également soupçonné d’avoir financé des réseaux pakistanais afin d’y faire passer les membres de son groupe. Les 23 décembre 2010 et 12 janvier 2011, il envoie deux mandats cash Western Union de 286 et 980 euros. Le second à Tahir Shahzad, interpellé en même temps que les deux apprentis djihadistes à Lahore. Au procès, M. Abdul Raseed a expliqué qu’il s’agissait “d’aider les victimes d’inondations”.

Depuis ses premières déclarations à la DCRI, il s’est rétracté sur presque tous les points et nie toutes ces accusations d’un bloc. Les éléments matériels : des “fabrications”. Les discussions avec les autres prévenus ainsi que ses interlocuteurs pakistanais ? Il ne les a “pas eues”. Il “ne les connaît même pas tous”. Il rejette, de fait, le terme de “groupe”. Durant le procès, le tribunal devra déterminer si le groupe prévoyait des actions en France. Et si oui, de quelle nature.

Auteur: Shahzad Abdul

Source: http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/09/10/les-tribulations-d-un-groupe-d-apprentis-djihadistes-devant-le-tribunal-de-paris_3473900_3224.html